Lyes louffok, rescapé des foyers
17-03-2025
Publié le mercredi 12 mars 2025
Confié dès sa naissance à l’Aide sociale à l’enfance, Lyes Louffok a traversé l’enfer. De familles d’accueil en foyers, il découvre une réalité qui dépasse l’imaginable. Aujourd’hui, il est référent protection de l’enfance dans un hôpital parisien, il revient sur ces années qui ont failli le tuer.
Avec
Lyes Louffok, membre fondateur du Comité de vigilance des enfants placés
Lyes Louffok est né en 1994. Confié à l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE) dès sa naissance, il rejoint à dix-huit mois une famille d'accueil. “C'était une famille d'accueil extrêmement aimante. J'étais seul avec eux de mes dix-huit mois à quatre ans. Je n'y suis pas resté, la décision a été prise de me faire partir de cette famille pour me confier à une autre famille. Ça a été le début de la descente aux enfers.”
“Je suis confronté pour la première fois de ma vie à la violence d'un adulte”
Dans cette deuxième famille d'accueil, Lyes, qui a quatre ans, est maltraité, psychologiquement et physiquement. “Ma mère d'accueil m'a montré la pièce dans laquelle j'allais vivre, que je ne peux pas qualifier de chambre. [...] Elle m'enfermait à clé. Ils mangeaient ensemble en famille, moi, je mangeais seul après, et ensuite, je retournais dans ma chambre et de nouveau, j'étais enfermé à clé sans avoir accès aux toilettes. [...] Quand elle ouvrait la porte le matin, là c'étaient des coups.”
“Il n'y avait plus de moments de bonheur”
Placé en urgence dans une troisième famille d'accueil et enfin scolarisé, Lyes présente des signes de traumatismes. “J'avais une forme de tristesse, qui laissera place à une forme de colère immense. [...] Je suis devenu un enfant turbulent, agressif. J'avais un rapport à mon corps qui était très particulier, les douches m'effrayaient. [...] Une pédopsychiatre de l'Aide Sociale à l'Enfance me donne des anxiolytiques et des antipsychotiques très forts qui moi m'assommaient complètement.”
À dix ans, Lyes est donc placé en foyer. Il est confronté une fois de plus à la violence, cette fois également sexuelle, des autres enfants plus grands. “J'en ai beaucoup voulu aux adultes qui travaillaient dans cet établissement. Tout le monde le savait en réalité que c'étaient des choses qui se produisaient. Mais on avait beau alerter la direction, il n'y avait rien qui se passait. Tout ça aurait pu ne jamais se produire si les adultes qui étaient présents dans cette structure avaient pris leurs responsabilités.”
“Cette femme a sauvé ma vie”
Après un "séjour de rupture", l'Aide Sociale à l'Enfance place temporellement Lyes dans une nouvelle famille d'accueil. “ Madame Moussa a fait quelque chose ce jour-là pour m'accueillir qu'aucun autre adulte n'avait jamais fait auparavant, qui a changé ma vie. [...] Elle m'a dit " ben alors, tu peux m'expliquer pourquoi t'es là ? ". Ça a été la première fois qu'une adulte me donnait la parole pour expliquer ce que j'avais compris de mon placement, ça a tout changé en moi. ”
Face à l'écoute et l'attention de Madame Moussa, Lyes prend conscience de ce qui va changer sa vie, la nécessité de raconter ce qu'il a vécu pour témoigner et empêcher d'autres maltraitances envers les enfants de l'ASE.
Merci à Lyes Louffok.
Reportage : Olivia Müller
Réalisation : Louise André
Musique de fin : “ To Lela ”, Luna Silva – Album : After the Rain (2019).