Association d'Assistants Familiaux Lorrains

Angélique, assistante familiale : « l’attachement est mon outil de travail, il est vital pour l’enfant »

03-07-2026

Assistante familiale, Angélique a choisi ce métier pour prendre soin des enfants aux parcours de vie cabossés. Un engagement exigeant et parfois difficile, dans lequel elle a su trouver des moments de joie profonde en s’attachant pleinement à ces enfants, car elle estime que c’est tout ce dont ils ont besoin…

Pour les Pros de la petite enfance, elle témoigne de son expérience.

Je suis fille d’assistante familiale, ma maman, toujours en activité, exerce ce métier depuis plus de vingt ans. Quand il a été question de mes études je n’ai absolument pas suivi la voie du social ou de la petite enfance, ces métiers ne m’attiraient pas du tout ! Je me voyais plutôt notaire dans une grande ville. Puis mon premier fils est arrivé. Un grand chamboulement qui a tout remis en question. En m’occupant de lui, je me suis découvert une passion pour la petite enfance, c’était devenu une évidence : je ne me voyais pas reprendre le travail et laisser le soin à une autre personne de vivre cela.

En parallèle, je continuais de côtoyer les enfants que ma maman accueillait, je me sentais devenir de plus en plus triste face à leurs situations. Maintenant que j’étais maman à mon tour, je ne comprenais pas qu’il soit possible que des parents puissent faire vivre de telles choses à leurs enfants. L’idée de faire « comme ma maman » a commencé à germer en moi. J’ai finalement fait ma demande d’agrément suite à l’achat de notre maison, notre fils avait 18 mois. Aujourd’hui, cela fait 9 ans que j’exerce en tant qu’assistante familiale. Un métier qui nous demande beaucoup, nous expose à des situations complexes, avec des enfants aux parcours cabossés, un système de protection de l’enfance sous tension, et parfois un sentiment réel d’isolement.

Un métier qui ne s’apprend pas en formation

Le métier d’assistante familiale est ouvert à toute personne majeure, sans condition de diplôme, avec un casier judiciaire vierge et suffisamment d’espace à domicile pour accueillir un enfant dans de bonnes conditions. Mais accessible ne veut pas dire adapté à tout le monde. C’est un métier exigeant, souvent mal compris. Beaucoup le confondent encore avec celui d’assistante maternelle, c’est tout autre chose. Ici, on travaille 7 jours sur 7, 24h sur 24. L’enfant vit dans votre foyer, avec votre famille. Vos propres enfants sont concernés. Votre cercle social va évoluer.

Certaines situations vont vous bousculer profondément. Ce que ce métier demande avant tout, c’est une vraie lucidité sur soi. Savoir ce qu’on est capable de porter, et savoir dire non quand on a atteint ses limites. Ça ne s’apprend pas dans les 400 heures de formation obligatoire, ça se construit avec les années, avec les expériences, parfois avec les erreurs. Mais ce que ce métier donne en retour, c’est une connaissance de soi que peu de professions offrent. Il fait grandir, dans tous les sens du terme.

L’attachement comme outil de travail

Quand je dis que je suis assistante familiale, on me répond souvent : « Je ne pourrai jamais faire ce métier, je m’attacherai trop à ces enfants ». Il est vrai qu’il y a quelques années, la question de l’attachement ne se posait pas vraiment, il ne fallait pas s’attacher à ces enfants, c’est un travail, point. Aujourd’hui, avec les recherches scientifiques sur le sujet, on se rend compte que l’attachement est primordial pour le bon développement de l’enfant, d’autant plus quand son attachement a été insecure dès les premiers instants de sa vie, ou qu’il a vécu plusieurs ruptures de lien dans son parcours. Selon moi, il faut s’attacher à ces enfants, sans condition aucune, c’est vital. Alors, je réponds à ces gens : « C’est exactement ce qu’il leur faut ! ». Donner tout l’amour possible, en sachant que ce ne sont pas nos enfants et tout en laissant la place pour le lien avec les parents biologiques.

Vivre pleinement les séparations

Mais arrive la question « Comment se détacher quand l’enfant doit repartir ? ». En réalité, je ne crois pas qu’il faille vraiment se détacher. Comme lorsque nos propres enfants quittent le nid, on est tristes mais on évite de le leur montrer, on leur souhaite le meilleur pour la suite. Avec les enfants accueillis, l’attachement reste là aussi, à nous adultes de continuer du mieux que l’on puisse en vivant et acceptant pleinement ces émotions : la tristesse de les voir partir, les regrets de ne pas avoir su mieux faire, la culpabilité vis à vis de ce qui les attend ensuite…

Ce qui est beau, c’est qu’on arrive parfois à garder contact ou à avoir des nouvelles de ces enfants quelques années plus tard. Certains professionnels ont besoin d’un temps de répit entre le départ d’un enfant et l’arrivée d’un autre, d’autres ont besoin d’enchaîner pour éviter de trop penser, chacun sa méthode. C’est ce lien, justement, qui est à l’origine d’une de nos plus belles anecdotes.

La joie des petites victoires et petits bonheurs

En discutant avec la pédopsychiatre qui suivait un ancien enfant confié chez nous, elle me disait : « Accrochez-vous aux petites victoires, aux petits bonheurs » et depuis cette phrase ne m’a jamais quittée. Un enfant qui découvre la mer pour la première fois, un enfant qui pleure de joie car on a fêté son anniversaire, un enfant qui se découvre une passion et qui est libre de la vivre à fond, un enfant qui remonte ses notes scolaires, un enfant renfermé qui se met à sourire, un enfant qui ne supporte pas le contact physique qui vient de lui-même faire un câlin, un enfant qui apprend à apprécier le moment du bain alors que c’était une chose terrifiante jusque là… Je me suis libérée du syndrome du sauveur, on ne sauve pas des vies en faisant ce métier, on sauve des instants de vie. C’est finalement ça ma joie.

L’employeur peut faire toute la différence

Il y a un an, j’ai changé d’employeur. Ce que j’y ai trouvé : plus de bienveillance, plus de soutien au quotidien, ça m’a rappelé pourquoi je fais ce métier, aider les enfants en difficulté. Et ça m’a redonné de l’élan. J’aimerais que la relation avec les employeurs devienne systématiquement un partenariat, et non un rapport hiérarchique à sens unique. J’ai connu les deux. La différence sur le terrain est immense. A quelqu’un qui envisage cette voie, je recommanderais de bien se renseigner sur son futur employeur autant que sur le métier lui-même. L’environnement professionnel fait toute la différence. Bien entourée, cette profession est l’une des plus belles qui soit !

Soutien, supervision, repos, formation continue : ce qui manque aux assistants familiaux

Ce métier mérite mieux que ce qu’on lui offre aujourd’hui. Mieux sur le plan de la reconnaissance, d’abord. Assistante familiale reste une profession mal connue, souvent confondue, rarement valorisée à sa juste mesure, alors qu’elle constitue un pilier du système de protection de l’enfance. Ce que j’aimerais voir évoluer en priorité, c’est le soutien apporté aux professionnels. Des supervisions régulières, un accompagnement psychologique accessible si besoin, une formation continue qui soit réellement adaptée aux réalités du terrain. On demande à ces femmes et ces hommes de porter des situations très lourdes, souvent seuls, avec peu de filets.

L’assistante familiale est celle qui connaît le mieux l’enfant au quotidien : ses peurs, ses progrès, ses besoins. Elle devrait être pleinement intégrée dans l’équipe pluridisciplinaire qui l’entoure, pas convoquée en bout de course pour signer un document. Et quand l’enfant passe devant un juge, sa présence à l’audience devrait être une évidence, pas une exception.

Il y a aussi la question du repos. Une assistante familiale qui travaille 7 jours sur 7, 24h sur 24, sans espace pour souffler, finit par s’épuiser et c’est l’enfant qui en pâtit en premier. Un week-end de répit mensuel devrait être la norme, pas un privilège négocié au cas par cas. Une professionnelle reposée est une professionnelle qui peut donner le meilleur d’elle-même. C’est aussi simple que ça.

Changer de regard sur les enfants de l’ASE

Sur le plan juridique, j’aimerais que chaque enfant confié ait accès à un avocat, quel que soit son âge, quel que soit son degré de discernement. Ce n’est pas un luxe, c’est une question de droits fondamentaux. Et puis il y a la question du regard sociétal. Ces enfants confiés portent encore trop souvent une étiquette invisible qui les précède partout, à l’école, dans les activités, dans les familles d’amis. Changer ça, c’est un travail collectif qui dépasse largement notre seule profession. Je fais ce métier depuis 9 ans, j’y ai grandi, il m’a transformée. Précisément parce que je l’aime, je ne peux pas m’empêcher de vouloir qu’il soit meilleur, pour les professionnels qui l’exercent, et surtout pour les enfants qui en dépendent.

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L’un de nos plus beaux souvenirs

À une période, nous faisions beaucoup d’accueils d’urgence. On nous appelle un matin, pour pouvoir accueillir un bébé de 11 jours le soir-même, car la maman se retrouve sans domicile et aimerait confier son bébé le temps de trouver une solution. Nous acceptons et nous nous retrouvons un peu démunis car cela faisait un moment que l’on avait plus eu de bébé à la maison (je venais de donner tout le matériel de puériculture à la croix rouge quelques jours auparavant !). On se débrouille avec la famille et les amis qui nous dépannent ce qu’il faut, on fait quelques achats pour ce qui manque et en quelques heures nous sommes prêts pour ce bébé. À son arrivée, ce fût le coup de foudre, toute la famille était aux anges malgré la situation. Les mois passent, la maman est bien présente pour son bébé, la relation est correcte, elle nous remercie de bien s’occuper de son bébé.

À Noël, ce bébé vient de fêter ses 1 an, la maman nous offre un album photo de la première année de sa fille avec des photos que nous lui avions envoyées ainsi que des photos qu’elle prenait elle-même avec sa fille le temps des visites. A la dernière page, un petit texte tout mignon nous demandant de devenir le parrain et la marraine de ce bébé, ce que nous acceptons en pleurant de joie. Cette maman a trouvé par la suite un logement et un travail et a donc pu récupérer sa fille quelques mois plus tard, nous sommes toujours en contact aujourd’hui et voyons régulièrement cette fille qui a bien grandi depuis. Nous sommes son tonton et sa tata, nos enfants sont ses cousins et c’est grâce à ce métier que nous avons cet amour dans nos vies.

Laurence Yème

PUBLIÉ LE 11 JUIN 2026